Notes de voyage en Amérique andine
du 17 au 28 janvier 2007

Rencontre avec le Polo Democratico

Après avoir passé la porte blindée des bureaux du Polo Democratico de Bogota, l’ambiance à l’intérieure est sereine malgré la présence d’un militaire. Monsieur Gaviria nous accueille simplement et cordialement, heureux de nous recevoir.
Mme Cerisier le félicite de son succès aux dernières présidentielles (jamais un parti de gauche en Colombie n’avait obtenu 20 % à des élections présidentielles) , l’interroge sur la situation actuelle et sur l’avenir du parti.
Monsieur Gaviria parle d’une situation politique dramatique, d’un détournement des préoccupations réelles, d’une grande force de l’opinion qui engendre une psychologie collective qui soutient encore Uribe et qui l’éloigne significativement des vrais problèmes politiques. Ce recul significatif implique un gros et long effort pour en sortir. Mais il est difficile de faire de la politique en Colombie et même dangereux lorsque l’on est de gauche. Il faut d’abord faire comprendre aux gens que le combat de la gauche politique colombienne est distinct de celui de la guérilla qui est exclue du programme. Historiquement, la Gauche avait toujours été divisée et la réconciliation fût difficile. Aussi l’action de Gaviria est très importante car il n’appartenait à aucun parti et ainsi ne représentait aucune menace par rapport aux groupes existants avant la création du Polo Democratico.
Ce mouvement a eu des répercussions lors des dernières présidentielles car jamais la gauche n’avait été aussi forte et elle est de plus en plus unie, avec de plus en plus de membres ce qui permet d’espérer une nouvelle alternative pour les prochaines présidentielles de 2010. Le Polo Democratico assume aujourd’hui une grande responsabilité par rapport aux prochaines élections locales qui auront lieu cette année car il faut construire la démocratie au niveau locale et cela est très difficile à cause de la corruption des vieux responsables politiques locaux. C’est difficile mais M Gaviria est optimiste en regardant les résultats précédents avec une union plus forte de la gauche. Les gens ont plus confiance dans le Polo. Les élections de novembre 2006 pour les délégués au congrès du Polo en sont la preuve. Alors que l’on attendait 100 000 votes, 550 000 personnes ont voté et ce score aurait été plus important avec une meilleure organisation car le Polo débute en politique et qu’il manquait de jurys de vote. C’est donc le moment pour agir à contre sens de la voie d’Uribe.
La politique de sécurité démocratique
Les résultats sont différents de ceux publiés. Ils sont très coûteux et on assiste à une détérioration des droits de l’homme. Cet appui du triomphe militaire par rapport à la subversion est dangereux. C’est vrai que l’Etat doit exercer son pouvoir notamment par la force mais elle doit être légitime et respecter les droits de l’homme. Il faut reconnaître les causes du conflit comme la pauvreté ( 25% de la population vit dans la misère), comme la distribution inéquitable des richesses. On a crée un pays virtuel dans lequel on fait croire que le chômage et la pauvreté reculent à l’aide de faux chiffres, dans lequel les progrès sont bons alors que la réalité montre autre chose…Il est important d’avoir de bonnes relations avec les pays voisins et Uribe fait croire qu’il y a du terrorisme en Colombie et que les pays voisins doivent appuyer la lutte contre ce terrorisme. Des pays voisins, même de gauche, appuient cette politique car ils ne savent pas ce qui se passe ici et n’entendent que les dires d’Uribe. Il est donc très important que des organismes internationaux viennent et permettent de montrer ce qui se passe réellement afin d’aider à la fin du conflit.
Mme Cerisier s’inquiète alors des problèmes des colombiens qui, dès leur enfance, connaissent les meurtres, les rackets, les violences…
Le problème le plus grave est celui de la « paramilitérisation » d’hier et d’aujourd’hui appuyé par le gouvernement. Alors qu’Uribe était gouverneur d’Antoquia, il a crée le mouvement Convivir qui se substitue à l’Etat pour faire respecter la loi. Sa loi « Paix et Justice » est une promesse électorale qu’il a déjà tenue deux fois. Elle a été présenté comme positive pour la réinsertion des paramilitaires mais c’est faux. Elle engendre l’impunité, les déplacements (4 millions de colombiens dans le pays), l’accumulation de richesse. La vérité, c’est que cette loi a permis de cacher le paramilitarisme alors que les victimes passaient au second plan. La promesse de vérité/justice par rapport aux réparations qui devrait être en accord avec les droits de l’homme n’a pas été réalisé. De plus, les paramilitaires n’ont pas obtenu tout ce qui avait été promis , cette loi a juste résolu un peu les problèmes des paras mais il y a aujourd’hui une deuxième et une troisième génération de paras qui se développe d’où une possible aggravation du problème des paras….
Mme Cerisier demande alors comment faire pour rétablir la justice et la paix et avec quel groupe social.
Le plus efficace est d’attaquer les racines du conflit par une politique publique pour une meilleure répartition des richesses et pour une augmentation des emplois. Aujourd’hui la politique sociale en Colombie est dramatique. Le Capital est de plus en plus arrogant et le gouvernement a fait voter 2 lois dans ce sens.
Loi de flexibilisation du travail : elle retire les garanties sociales obtenues de haute lutte à propos notamment du travail le dimanche et des heures supplémentaires.
Loi de sécurité juridique : elle permet aux investisseurs étrangers de garantir leurs conditions d’installation pendant 20 ans.
Ces lois devaient inciter les investisseurs étrangers à venir s’installer en Colombie et à créer un million d’emplois… mais aucun emploi n’a été crée….
Puis Monsieur Gaviria revient sur le conflit armé. Il faut reconnaître que ce dernier est engendré par des injustices graves dans le pays. Il faut y répondre, il faut orienter l’exercice du pouvoir vers ces injustices, même s’il n’y pas de conflit. Il faut faire une politique de rapprochement, de dialogues entre la guerilla et le pouvoir. Uribe a gagné aux présidentielles en promettant la fin des conflits par la force. Mais cette action n’a fait qu’augmenter les problèmes.
Le temps de la rencontre s’était écoulé, forte et émouvante, et les membres des sections P.S. et A.D.F.E de Bogota , présents lors de cette rencontre, ont promis de la prolonger le dialogue avec Monsieur Gaviria.

Bruno Théret

 

Retour en haut de page


   


   


   


   


   


   


   


   


   


   

  
Pour revenir à la page d'accueil du sénateur, cliquez sur sa photo.
Pour revenir à la page d'accueil du site, cliquez sur le logo du Sénat.